Léon XIV à la rencontre des fidèles et de la jeunesse d'Angola
Le pape Léon XIV, qui a dénoncé la "logique d'exploitation" des ressources au premier jour de sa visite en Angola, célèbrera dimanche une grande messe en plein air et se rendra dans un sanctuaire marial, haut-lieu de pèlerinage catholique en Afrique australe.
Dès son arrivée dans le pays lusophone, troisième étape d'une tournée africaine de 11 jours, le souverain pontife a fustigé dans la capitale Luanda les "souffrances" et les "catastrophes sociales et environnementales" engendrées par la "logique d'exploitation" des vastes ressources du pays, riche en pétrole et en minerais.
Une prise de parole qui illustre le style plus affirmé qu'a adopté Léon XIV depuis le début de sa tournée africaine, quelques jours après avoir été violemment critiqué par Donald Trump.
Samedi, dans l'avion le menant de Yaoundé au Cameroun à Luanda, le pape a regretté que ses discours en Afrique aient été interprétés comme une réponse au président américain, assurant que "débattre de nouveau" avec lui n'était "pas dans son intérêt".
Après Jean-Paul II (1978-2005) en 1992 et Benoît XVI (2005-2013) en 2009, Léon XIV est le troisième souverain pontife à visiter ce pays, ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1975.
Après son trajet en papamobile samedi accompagné de milliers de fidèles dans la capitale, il devrait drainer d'importantes foules lors d'une messe en plein air dimanche matin (10H00) à Kilamba, à environ 30 km du centre de Luanda.
Dans l'après-midi, le pape se rendra par hélicoptère à Muxima, petite ville à environ 130 km de la capitale, devenue le haut lieu du catholicisme en Afrique australe.
- "Enracinement" -
Perchée sur les rives du fleuve Kwanza, qui a donné son nom à la devise nationale, son église Notre-Dame de Muxima attire environ deux millions de pèlerins par an, dont près d'un million lors d'un rendez-vous annuel.
Ils viennent voir une statue de la Vierge Marie affectueusement appelée Mama Muxima, qui, selon la légende, serait apparue dans ce lieu.
"Muxima représente, pour le peuple angolais, un point central pour l'enracinement de la dévotion populaire à Notre-Dame de l'Immaculée Conception", explique à l'AFP l'avocat catholique Domingos das Neves. Il s'agit de l'un des plus anciens sanctuaires marials d'Afrique subsaharienne, précise-t-il.
Selon le gouverneur de la province, Auzilio de Oliviera Martins Jacob, les autorités se sont préparées à recevoir quelque 300.000 fidèles pour la visite de Léon XIV.
Les colons portugais d'Angola ont construit l'église en 1599, érigeant également une forteresse sur une colline surplombant le fleuve, qui se jette dans l'océan Atlantique près de Luanda.
Selon les responsables religieux, elle avait pour but de baptiser les esclaves avant leur traversée de l'Atlantique vers les Amériques.
Pour accueillir les pèlerins, le gouvernement s'est lancé dans un vaste projet de construction d'une basilique et de logements.
La construction, qui devait initialement s'achever en 2025, n'était qu'à moitié terminée en avril, le projet suscitant des critiques dans un pays qui, bien que riche en ressources comme le pétrole et les diamants, est marqué par la pauvreté et les inégalités.
- "Asymétries" -
Environ un tiers de la population angolaise vit sous le seuil de pauvreté international de 2,15 dollars par jour, selon la Banque mondiale.
"Le pape vient en Angola pleinement conscient de la réalité à laquelle notre pays est confronté, en particulier en matière de profondes asymétries sociales et d'inégalités, qui découlent aussi d'une distribution inégale des richesses", assure M. das Neves.
"Il va de soi que le pape ne peut pas éviter d'aborder la question de la justice sociale", ajoute-t-il à l'AFP.
L'Angola a été le théâtre en juillet 2025 de trois jours de manifestations, accompagnées de pillages, contre la cherté de la vie. Une trentaine de personnes ont été tuées et des centaines arrêtées, les organisations des droits humains dénonçant un recours disproportionné à la force par les autorités.
Selon les analystes, ces troubles traduisent le mécontentement à l'égard du MPLA, parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1975. Le MPLA a remporté les dernières élections en 2022 avec 51% des voix. Les prochaines élections sont prévues en 2027.
C.Nordlund--StDgbl