Sous le choc, l'Espagne entame trois jours de deuil national après la catastrophe ferroviaire
Encore sous le choc, l'Espagne a entamé jeudi trois jours de deuil national après la collision entre deux trains qui a fait au moins 69 morts la veille, tandis que les familles tentent désespérément d'obtenir des nouvelles de leurs proches et que les recherches se poursuivent dans les voitures endommagées.
Cet accident, la pire tragédie ferroviaire en Espagne depuis 2013, a relancé les questions sur l'entretien du réseau national et sur la sécurité pour les passagers, après que le ministre des Transports a pointé une "erreur" humaine et des "circonstances inexplicables" qui ont abouti à la collision.
L'accident a eu lieu mercredi matin sur la commune d'Urda, dans la région de Castille-La-Manche (centre), quand un train de la compagnie nationale Renfe a percuté par l'arrière, sur la même voie, un train de l'opérateur privé Iryo, qui avait été forcé à l'arrêt, après une panne informatique du système de sécurité qui contrôle la circulation ferroviaire.
Au total, environ 550 personnes était présentes à bord des deux trains au moment de l'impact.
D'imposantes grues et des équipes cynophiles sont à l'oeuvre.
Josimar Medina, un Péruvien de 31 ans qui passait ses vacances en Espagne avec sa compagne, a déclaré qu'il dormait dans le train accidenté de la Renfe quand il s'est réveillé et a réalisé qu'il était propulsé "dans l'air".
Pablo Mejia, 42 ans, a raconté à l'AFP qu'un changement de siège à la dernière minute lui avait sauvé la vie: "Il y a eu un choc très violent", a-t-il, évoquant "les gens au sol, les uns sur les autres, des sièges arrachés, une grande confusion".
- "Pour que cela ne se reproduise plus" -
Le Premier ministre Pedro Sánchez, qui a décrété trois jours de deuil national à partir de jeudi, a réclamé "l'éclaircissement" des causes à l'origine de l'accident, assurant que les autorités "travaillent jour et nuit" notamment pour, à terme, "renforcer la sécurité pour que cela ne se reproduise plus".
Le dispositif mis en place ces dernières heures doit permettre d'apporter "une réponse rapide, urgente et efficace", a-t-il martelé.
Le bilan est monté dans la matinée à 69 morts, a par ailleurs annoncé le président de la région, Emiliano García-Page, qui a toutefois souligné que "sur les 110 personnes admises hier dans les hôpitaux de Castille-La Manche, soixante ont déjà pu sortir et cinquante restent encore hospitalisées".
Le Quai d'Orsay à Paris a indiqué jeudi que la France était sans nouvelles de "plusieurs" de ses ressortissants.
Depuis la veille, une école du village d'Urda, situé à un peu moins de 150 km au sud de Madrid, accueille les proches venus se renseigner sur le sort des passagers.
"Nous avons des gens en état de choc qui n'ont pas encore réalisé ce qui s'est passé, des personnes en colère, tristes, inquiètes", a raconté la psychologue de la Croix-Rouge, Carmen Garcai.
Interrogé jeudi par l'AFP, le curé d'Urda, José Miguel Fernández, a pour sa part expliqué avoir rendu visite aux proches des disparus : "Beaucoup d'entre eux étaient sereins, d'autres nerveux, désespérés. Ils voulaient savoir tout de suite et avoir des nouvelles" de leurs proches.
- Les conducteurs en grève -
L'enquête suit son cours, mais le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez fait déjà face à des critiques concernant la gestion du réseau ferroviaire à grande vitesse, le deuxième du monde, après celui de la Chine.
Près de 26 millions de passagers ont voyagé en TGV en Espagne entre janvier et août, selon des chiffres de l'institut national de la statistique (INE).
Plusieurs centres ont été mis en place à travers le pays pour recueillir des dons de sang et permettre aux proches des victimes de fournir des échantillons d'ADN afin de faciliter l'identification des corps.
Maintenue malgré la tragédie de mercredi, une grève du principal syndicat des conducteurs de train (SEMAF) a lieu jeudi pour vingt-quatre heures pour "défendre la sécurité ferroviaire", moins d'un an après l'accident d'Adamuz, qui avait fait 46 morts le 18 janvier et déjà bouleversé l'Espagne.
Avec un bilan qui reste provisoire, la tragédie d'Urda est la plus grande catastrophe ferroviaire dans le pays depuis un déraillement meurtrier ayant fait 80 morts près de Saint-Jacques-de-Compostelle (nord-ouest) en 2013.
P.Hedlund--StDgbl