A Cuba, un zoo se bat contre pénuries et coupures d'électricité
Chaque jour, le personnel du Zoo national de Cuba se bat pour garantir nourriture, eau et soins à près de mille animaux et ainsi préserver l'un des réservoirs génétiques les plus importants de la région, malgré la crise que traverse l'île.
Face aux coupures de courant, à la pénurie de carburant et au manque croissant de personnel spécialisé, leur dévouement, tout comme les dons privés, sont devenus essentiels pour conserver rhinocéros, tigres, jaguars et hippopotames, dans ce zoo situé à une vingtaine de kilomètres du centre de La Havane.
"Ici, les techniciens viennent aussi bien à vélo, qu'en charrette ou à moto électrique pour pouvoir fournir chaque jour nourriture et eau des animaux", explique à l'AFP Yoel Machado, responsable du bien-être animal dans le zoo.
Ce parc animalier constitue un réservoir génétique d'importance internationale, grâce à ses populations reproductrices d'espèces en danger d'extinction.
Il abrite, entre autres, le seul groupe reproducteur de rhinocéros noirs hors du continent africain et le plus grand troupeau de zèbres de Grant des Amériques.
- Protéger avant tout -
M. Machado souligne la "valeur génétique élevée" des pensionnaires du zoo, qui s'est vu contraint par la crise de restreindre ses programmes de reproduction.
"Nous ne pouvons pas continuer à augmenter le nombre d'animaux", déplore Yoel Machado.
Chaque naissance implique davantage de nourriture, de médicaments et de personnel. Le zoo préfère donner la priorité à la santé des animaux présents.
Lors d'une visite, l'AFP n'a pas observé d'animaux semblant dénutris.
Mais nourrir les près de mille animaux de 84 espèces vivant en semi-liberté est l'un des plus grands défis du parc, qui fonctionne avec des ressources allouées par l'Etat.
Dans la zone dédiée aux grands félins, deux tigres du Bengale d'environ deux mois, dont l'un au pelage blanc, jouent sous le regard attentif de leur mère.
"Ils pourraient être en meilleure forme", admet Angel Cordero, vétérinaire responsable de ce secteur où vivent également lions et jaguars.
Après avoir nettoyé le fossé des félins et changé l'eau des abreuvoirs, le sexagénaire explique que le zoo est obligé de "rationner" la nourriture pour qu'elle dure le plus longtemps possible.
- 450 kilos de viande par jour -
Les grands félins doivent ingérer environ sept kilos de viande par jour et par animal, avec un jour de jeûne hebdomadaire.
Parfois, la viande vient à manquer, quand ce ne sont pas les coupures d'électricité qui compliquent sa conservation.
Même lorsque les aliments sont disponibles, leur distribution dans un zoo de 345 hectares reste un défi de taille en raison de la pénurie de carburant qui touche l'île depuis janvier et le blocus pétrolier imposé par Washington.
Les dons privés de nourriture et de carburant sont désormais devenus indispensables.
Chaque lundi, Ana Fernandez, une Cubano-Américaine née dans le Tennessee et qui vit à Cuba depuis neuf ans, offre de la viande au parc animalier.
"Les animaux n'ont pas à souffrir" de la situation, défend cette bénévole de 50 ans. Mais malgré les dons, "certains jours, il n'y en a pas pour tout le monde", déplore-t-elle.
Récemment, le zoo a passé 23 jours consécutifs sans électricité, ce qui l'a également privé d'un approvisionnement en eau.
"Nous avons cherché des solutions : des camions-citernes ont été amenés pour l'eau et nous avons cherché presque chaque jour de quoi nourrir les animaux", raconte le directeur, Juan Carlos Corella.
Il admet toutefois que maintenir le zoo ouvert devient "très difficile".
Le groupe des carnivores nécessite à lui seul entre 450 et 460 kilos de viande par jour. S'y ajoutent environ deux tonnes et demie de produits frais pour les herbivores.
A ces problèmes s'ajoute la disparition du personnel spécialisé. Plus d'un tiers des techniciens vétérinaires ont quitté le zoo pour chercher des emplois mieux rémunérés, surtout dans le secteur privé local en plein essor.
Malgré les obstacles, ces derniers mois ont vu naître des tigres, des hyènes, des chacals et une dromadaire noire baptisée Esperanza ("espoir"), le premier spécimen de son espèce à naître à Cuba en trois décennies.
Y.Bergstrom--StDgbl