Un peu trop cool ? Quand les bouddhistes sud-coréens tentent de charmer la Gen Z
Dans une Corée du Sud de plus en plus athée, le bouddhisme tente d'attirer la génération Z à coups de salons, de produits dérivés, de musique électro et autres moines robots.
Au temple Jogyesa de Séoul, les moines psalmodient tandis que les fidèles font des offrandes et s'inclinent aux pieds de trois statues géantes et dorées de Bouddha.
Mais à quelques mètres du sanctuaire construit au 14e siècle, une boutique nommée Buddhz vend des statuettes, des chapelets en bracelets de perles, chapeaux et t-shirts dont l'un dépeint Bouddha naviguant sur son smartphone.
Une carte postale le représente allongé sur le ventre en faisant une bulle de chewing-gum.
La tendance, appelée "hip Buddha" ("Bouddha branché") vise à renforcer la popularité de la religion, bien que certains craignent une distorsion de ses principes fondamentaux.
"C'est beaucoup plus commercialisé ici que je n'imaginais", s'étonne auprès de l'AFP Teja Manabotula, touriste du Canada de 34 ans.
Marvin Zhang, un Allemand de 19 ans, s'est rendu là par curiosité pour le bouddhisme. Il dit comprendre que le marketing inspiré de la pop culture puisse être "vu comme irrespectueux".
Le tourisme bouddhiste est en plein essor et des dizaines de milliers de Sud-Coréens et d'étrangers s'inscrivent chaque année à des retraites de méditation imitant un "séjour au temple".
Certains combinent leur expérience avec des concerts ou des événements tels que l'Exposition bouddhiste internationale de Séoul, qui a attiré en avril plus de 250.000 personnes, un record.
Environ deux tiers des visiteurs appartenaient à la génération Z (nés entre la fin des années 1990 et début des années 2010) et la moitié n'étaient pas religieux.
Ils pouvaient participer à des séances de prière et discuter avec des moines, flâner parmi une quantité vertigineuse de bibelots en vente, et assister à une "Heat Sutra Gong Party" avec des concerts de musique électronique et de hip-hop.
Le bouddhisme est la religion perçue la plus favorablement parmi les quatre croyances étudiées dans le cadre de l'"enquête sur la perception de la religion" réalisée en 2025 par Korea Research.
"Je pense qu'il n'y a absolument rien de mal à cette image +branchée+ du bouddhisme, car elle rend cette religion plus accessible et attire de nombreux jeunes", indique à l'AFP Sun Min-ji, étudiante sud-coréenne de 23 ans et bouddhiste, ajoutant que les salons et la vente de produits dérivés ont séduit bon nombre de ses amis.
Mais les détracteurs craignent que cette religion, fondée sur le détachement des biens matériels, ne soit entachée par le consumérisme.
"Si le bouddhisme est simplement consommé comme une +bonne image+, son nouveau côté tendance pourrait bien n'être qu'une mode éphémère", avertit un éditorial du journal bouddhiste Hyunbulnews.
- DJ en robe -
Pour le moine Myojang, porte-parole de l'ordre Jogye, l'objectif de cette démarche est de rendre le bouddhisme plus "accessible", assure-t-il à l'AFP.
"La manière dont les jeunes générations abordent la religion est en train de changer... Nous avons essayé d'aller à leur rencontre et de communiquer d'une manière qui leur parle."
L'ordre Jogye a suscité la polémique lorsqu'un robot humanoïde "moine" a pris part à une cérémonie d'ordination en mai, s'engageant à se "consacrer" au bouddhisme.
Tout en défendant l'usage du robot comme outil de transmission des enseignements bouddhistes, Myojang avance que l'ordre est conscient des risques et prévoit "d'établir des lignes directrices plus claires quant aux limites à respecter".
Pour Yoon Seong-ho, humoriste devenu DJ, l'équilibre est délicat. Il se produit vêtu d'une robe de moine sous le nom de scène NewJeansNim, et mélange musique électronique et chants bouddhistes.
Son objectif, avec le soutien de l'ordre, est "de transmettre les valeurs bouddhistes au grand public, en particulier aux jeunes qui ne se rendent généralement pas dans les temples", déclare à l'AFP le musicien qui n'est pas pratiquant lui-même.
La tendance a donné un coup de fouet culturel au bouddhisme, mais elle ne semble pas avoir attiré de nouveaux croyants.
Le sondage de Korea Reseach révèle que les appartenances religieuses des Sud-Coréens restent stables, 16% d'entre eux se déclarant bouddhistes. Les personnes sans religion demeurent majoritaires, la plupart ayant entre 18 et 29 ans.
Pour Brian Somers, professeur en études bouddhistes à l'université Dongguk de Séoul, les religions se sont toujours adaptées à mesure que les jeunes fidèles prenaient la relève. "Le +bouddhisme branché+ est une adaptation du bouddhisme, à condition que les enseignements soient préservés", observe-t-il.
Z.Blomqvist--StDgbl