Municipales: CNews mise en demeure pour "manque d'honnêteté" lors d'une soirée sur Dati
Le régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, a mis en demeure CNews pour un reportage et un débat sur la campagne de Rachida Dati à Paris, à deux jours du second tour des municipales en mars, qui manquaient de "mesure" et d'"honnêteté", selon une décision publiée jeudi.
Diffusées le 20 mars à partir de 21h05 sur la chaîne du groupe Canal+, ces émissions ont "donné lieu à l'expression de points de vue largement convergents", avec "des appréciations positives voire laudatives" sur la candidate de l'opposition de droite et du centre, et "de vives critiques à l'égard des autres", relève l'Arcom.
L'autorité indépendante considère que le reportage grand format "Rachida Dati à la conquête de Paris" et les échanges qui ont suivi lors de l'émission "100% politique" "présentaient un manque de mesure et d'honnêteté dans les commentaires et présentations de la campagne, caractérisant un manquement de la chaîne à ses obligations".
CNews, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, est "mise en demeure de se conformer" à ses obligations à l'avenir.
Dans l'échelle des interventions de l'Arcom auprès des chaînes, la mise en demeure, qui a valeur d'avertissement, précède toute sanction, notamment financière.
Dans un communiqué, CNews a assuré qu'"il ne s'agissait en aucun cas de favoriser un candidat, mais de proposer une couverture éditoriale différenciée de la campagne".
La chaîne a fait valoir qu'en plus des émissions consacrées à Mme Dati, elle avait diffusé "in extenso" le même soir et pendant une durée identique de 25 minutes le "dernier discours de campagne d'Emmanuel Grégoire", finalement élu maire.
"Le pluralisme a ainsi été pleinement respecté", a argumenté CNews, première chaîne info en part d'audience en 2025 mais devancée par BFMTV entre mars et juin.
Dans sa décision, l'Arcom note toutefois que le discours de M. Grégoire a été diffusé "à un horaire de moindre audience", en fin de soirée, alors que les séquences sur Mme Dati l'ont été "à un horaire susceptible d'attirer des audiences importantes".
Dans une tribune publiée jeudi sur le site du Figaro, Martin Ajdari, président de l'Arcom, affirme que celle-ci "applique la loi, sans parti pris".
"Souhaitons-nous +fermer+ CNews, comme on l'entend à chaque rappel à l'ordre ? Au contraire, elle doit pouvoir contribuer à la diversité des chaînes d'information disponibles par voie hertzienne et exprimer sa ligne éditoriale - ce n'est pas interdit et c'est précisément l'intérêt d'avoir quatre chaînes d'information. Mais dans le respect de la loi", explique-t-il.
Par ailleurs l'Arcom, qui a publié jeudi son rapport sur le traitement des élections municipales, salue "un respect global des règles" par les médias audiovisuels.
L'Arcom a récemment annoncé qu'elle allait se doter à la rentrée d'une "veille" sur le respect du pluralisme sur les quatre chaînes info de la TNT (BFMTV, CNews, LCI, franceinfo), avec 2027 en ligne de mire.
Mi-juin, le régulateur, qui répondait à une saisine de l'organisation Reporters sans frontières (RSF), a mis plus largement en demeure CNews de mieux respecter la diversité "des courants de pensée et d'opinion", sous peine d'ouvrir la voie à des sanctions, notamment financières.
F.Hakansson--StDgbl