Jean-Michel Jarre, "optimiste par subversion" face à l'IA
Invité d'honneur de la 30e édition du festival de musique électronique Amsterdam Dance Event (ADE), Jean-Michel Jarre se dit "optimiste par subversion" au sujet de l'utilisation de l'Intelligence Artificielle dans les arts, malgré les nombreuses inquiétudes qui traversent le secteur.
Lors d'un entretien accordé vendredi à l'AFP dans le cadre du festival, le musicien de 78 ans s'est exprimé sur son usage de l'IA générative, qu'il utilise dans son travail, et sur l'importance de distinguer l'outil de l'usage que l'on peut en faire.
"L'IA pour moi, c'est un petit peu la même chose que quand j'ai commencé avec les synthétiseurs, où d'un seul coup, je pouvais devenir le luthier pour la première fois de mon travail", explique celui qui est considéré comme l'un des pionniers de la musique électronique.
"JMJ" se sert notamment de l'IA générative comme d'un "super assistant", lui demandant de trouver des alternatives à des mélodies ou à certaines "textures". Il l'utilise également pour ses créations visuelles qui accompagnent ses concerts.
Un demi-siècle après la sortie de son album Oxygene, qui a propulsé sa carrière avec environ 18 millions d'exemplaires vendus dans le monde, Jean-Michel Jarre continue d'accueillir l'innovation technologique à bras ouverts, en contraste avec les inquiétudes liées à l'IA de nombreux musiciens, portant notamment sur les droits d'auteur, la rémunération équitable et le contrôle créatif.
"Ce qui est important, c'est l'idée que les artistes puissent s'exprimer librement et ne pas confondre le fait que, encore une fois, si on parle de l'IA, la technologie est neutre et que la malveillance existait avant l'électricité et existera après l'IA", affirme-t-il.
"Je ne pense pas du tout que le prochain Bad Bunny ou la prochaine Billie Eilish (...) aient quoi que ce soit à craindre d'une technologie qui arrive. Ce qui fait l'originalité d'un artiste, c'est sa singularité précisément", ajoute-t-il.
Pour JMJ, le conservatisme dans le monde de l'art face aux avancées technologiques n'est pas un phénomène nouveau, évoquant la fois où il avait introduit en 1971 la musique électronique à l'Opéra de Paris, suscitant l'indignation de certains musiciens de l'orchestre qui avaient débranché leurs instruments en signe de protestation.
"C'est une histoire sans fin qui fait qu'on a peur de ce qu'on ne connaît pas finalement", déplore-t-il.
Hallucinations
Pour Jean-Michel Jarre, qui a traversé la révolution de la musique électronique, puis celle du passage de l'analogue au numérique, l'IA représente simplement un nouveau tournant, et un nouvel outil qu'il peut manier à sa guise.
"Ce qui m'a toujours intéressé dans ma relation à la technologie, c'est de la détourner, de la pirater, c'est-à-dire de créer des accidents", poursuit-il, évoquant son attrait pour les "hallucinations" produites par l'IA.
"Dans une vingtaine d'années, on considérera les années 2020 comme l'âge d'or de l'IA", affirme-il, établissant un parallèle entre les débuts du cinéma en noir et blanc et muet, dont les imperfections ont fait naître un style reconnaissable.
Durant l'ADE, qui voit le temps d'une semaine le monde de la musique électronique converger le long des canaux d'Amsterdam, Jean-Michel Jarre s'est produit mercredi dans la capitale néerlandaise lors d'un concert célébrant les 50 ans d'Oxygene, tout en lasers et visuels démultipliés sur des écrans géants.
"C'était le dernier concert avec cette production-là, aussi bien sur le plan visuel que sur le plan de la musique, puisque je sors un nouvel album au début de l'année prochaine", explique-t-il.
Avec sa nouvelle tournée mondiale "Oxygene & Beyond", annoncée en début de semaine et qui débutera à l'automne 2027 en Pologne, l'artiste fera ainsi peau neuve, en phase avec son temps.
X.Haglund--StDgbl