L'UE adopte un plan de soutien sans précédent à une industrie de l'acier en grand péril
L'Union européenne a validé un plan de soutien sans précédent à l'industrie européenne de l'acier, répondant au cri d'alarme de la filière, doublement pénalisée par les surproductions massives entretenues par la Chine, et les droits de douane imposés par Donald Trump.
Le Parlement européen et les Etats membres sont parvenus lundi soir à un accord, approuvant les mesures proposées en octobre par la Commission européenne pour sauver le secteur.
Elles comprennent un doublement des droits de douane sur les importations d'acier au sein de l'UE, et une réduction de 47% des quotas d'importation en franchise de droits, qui seront ramenés à 18,3 millions de tonnes par an.
- Bouée de sauvetage -
"Nous sommes extrêmement satisfaits. On ne parle plus de stabiliser les importations, mais de les réduire, c'est quelque chose d'inédit", a souligné à l'AFP Karl Tachelet, directeur général adjoint de l'organisation des sidérurgistes européens, Eurofer.
Le temps pressait, car ces nouvelles mesures de protection, qui devront encore être formellement approuvées dans les semaines qui viennent par les eurodéputés et les Vingt-Sept, doivent impérativement entrer en vigueur le 1er juillet, afin de prendre la suite d'un dispositif existant qui expire fin juin.
Cette bouée de sauvetage était attendue avec impatience par les industriels européens, profondément déstabilisés depuis des années par les surcapacités de production de leurs concurrents chinois massivement subventionnés, qui tirent les prix à la baisse et constituent selon eux une concurrence déloyale.
Depuis un an, les industriel européens subissent en outre de plein fouet les droits de douane punitifs mis en place par Donald Trump, fixés à 50% sur l'acier et l'aluminium importés aux Etats-Unis.
- Production européenne au plus bas -
Selon les dernières données d'Eurofer, la production européenne d'acier est tombée l'an dernier à 125,8 millions de tonnes, un plus bas historique, très loin derrière les 960 millions de tonnes produites en Chine, alors que les importations d'acier dans l'UE ont au contraire grimpé à des niveaux records. Elles ont représenté près du tiers de la consommation européenne d'acier au troisième trimestre 2025 (29%).
Autre décision actée lundi soir, les quotas d'importation détaxés non utilisés durant un trimestre pourront être reportés au trimestre suivant, pendant une période de transition d'un an. Par la suite, tout report sera laissé à l'appréciation de Bruxelles.
Une limitation qui était souhaitée par les sidérurgistes, pour éviter de possibles "déséquilibres" sur le marché, souligne Karl Tachelet.
De son côté, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a salué mardi l'accord des co-législateurs, y voyant un "tournant" pour le secteur de l'acier.
"Cette mesure permettra de remédier aux effets négatifs de la surcapacité mondiale de production d'acier, qui devrait atteindre 721 millions de tonnes d'ici 2027, soit plus de cinq fois la consommation annuelle d'acier de l'UE. Elle préservera également 2,5 millions d'emplois liés à la production d'acier et soutiendra les objectifs de décarbonation de l'UE", fait valoir la Commission.
Le secteur, d'importance vitale pour l'économie européenne, joue aussi un rôle stratégique pour les capacités de défense du Vieux continent, un autre argument qui a poussé l'UE à l'action.
R.Nordstrom--StDgbl