Les marchés mondiaux plombés par le pétrole et les taux
Les marchés boursiers mondiaux étaient plombés jeudi par la hausse des cours du pétrole de près de 5% en un jour, qui s'ajoute à la hausse des taux sur les marchés obligataires.
Peu avant 17H00 GMT, le baril de Brent, référence du brut, progressait de 1,61% à 104,74 dollars le baril, sur la même tendance que le WTI américain (+1,80% à 93,82 dollars).
A peine 30 minutes plus tôt, la poussée était de près de 5% à 108,10 dollars le baril de Brent (+4,87%) et 96,69 dollars pour le WTI (+4,92%).
Le blocage du détroit d'Ormuz et le conflit entre les rebelles Houthis du Yémen et l'Arabie saoudite continuent de limiter la capacité d'exportation des pays producteurs du Golfe.
Les marchés misaient lundi sur des éclaircies diplomatiques en marge des Nations unies pour résoudre les conflits qui plombent l'offre de gaz et de pétrole et le commerce mondial. (Etats-Unis/Iran, Ukraine/Russie, Chine/Etats-Unis).
Les investisseurs déchantent et se retrouvent dans le brouillard.
"Sommes-nous en pleine crise obligataire ou non? La guerre avec l'Iran s'aggrave-t-elle ou la situation s'améliore-t-elle? Des volumes suffisants de pétrole passent-ils par le détroit d'Hormuz, et l'Ukraine va-t-elle continuer à viser les infrastructures de raffinage russes?", s'interroge Kathleen Brooks de la plate-forme d'investissement XTB.
Sur les marchés obligataires, les taux d'intérêt restent à des niveaux élevés.
Le rendement de l'obligation d'État japonaise de référence à échéance 10 ans a frôlé jeudi les 3,08%, à son plus haut niveau depuis 30 ans, tout comme les bons du Trésor américain à 30 ans qui ont atteint un sommet depuis 2004.
En Europe, le rendement du "Bund" allemand à dix ans a fini à 3,60% contre 3,55% la veille.
L'écart supérieur à un point de pourcentage entre le "Bund" et l'OAT française à dix ans (4,69%) continue de se creuser au détriment de la France, l'homme malade de l'Europe d'après certains.
"Les marchés commencent à s'intéresser à la France", résume François Rimeu, stratégiste de marché pour Crédit Mutuel Asset management, qui cite les difficultés du gouvernement pour ramener le déficit à 5% du PIB dans le budget 2027, sur fond de campagne électorale.
"Le marché obligataire intègre actuellement plusieurs facteurs à la fois", détaille Rob Dishner, gérant de portefeuille chez Neuberger Berman.
"D'un côté, les prix du pétrole restent durablement élevés. De l'autre, le scénario de croissance évolue: celle-ci est désormais perçue comme stable, voire plus solide, jusqu'à preuve du contraire", ajoute-t-il. "Les inquiétudes liées aux politiques budgétaires continuent également de peser sur les marchés de taux".
En Allemagne, les principaux instituts économiques ont rehaussé jeudi leur prévision de croissance à 1,3% pour 2026, grâce à l'embellie des exportations et de l'industrie, mais mettent en garde contre des problèmes structurels persistants.
"L'économie s'est développée de manière plus robuste que prévu" au premier semestre malgré la guerre au Moyen-Orient, relèvent-ils dans un communiqué commun.
Aux Etats-Unis, l'activité du secteur privé a enregistré en septembre sa plus forte croissance depuis 2021, selon l'indice PMI Flash publié mercredi par S&P Global.
- Les Bourses dans le rouge -
Face à l'envolée du pétrole et la hausse des taux, les marchés encaissaient des "sell-off" (mouvements de vente) jeudi.
En Europe, tous les grands indices ont terminé en recul, de Francfort (-0,57%) à Milan (-0,85%) en passant par Paris (-0,52%) et Londres (-0,24%), qui a limité la baisse grâce aux pétrolières (BP +2,67% et Shell +1,77%).
A Paris, EssilorLuxottica a suscité le désamour des investisseurs (-3,50%) après l'annonce du lancement d'une troisième génération de lunettes "intelligentes" Ray-Ban/Meta et alors qu'en France la justice s'empare de la question des femmes filmées dans la rue sans leur consentement.
A New York, les trois indices reculaient également (Nasdaq Composite -0,22%, Dow Jones -0,25% et S&P 500 quasi à l'équilibre -0,05%).
Parmi les grandes banques, Morgan Stanley limitait la casse (-1,59%) après l'affaire d'informations confidentielles envoyées par erreur à des clients par un de ses hauts responsables bancaires.
Y.Soderstrom--StDgbl