Stockholms Dagblad - Ceuta: avant la visite du roi, les plaies toujours à vif de la crise migratoire

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Ceuta: avant la visite du roi, les plaies toujours à vif de la crise migratoire
Ceuta: avant la visite du roi, les plaies toujours à vif de la crise migratoire / Photo: Thomas COEX - AFP

Ceuta: avant la visite du roi, les plaies toujours à vif de la crise migratoire

A Ceuta, Esperanza Ansede et ses collègues de travail essaient d’éviter les conversations sur la crise migratoire qui a secoué cet été cette enclave espagnole située en Afrique du Nord: elles veulent éviter de se disputer.

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"Nous avons des collègues musulmanes. Et quand l’une d’elles me dit: +Des gens bien et des gens mauvais sont entrés+, moi je réponds qu’ils doivent tous être renvoyés", lance cette enseignante de 63 ans. "Ça a été une invasion", estime-t-elle depuis une terrasse animée du centre-ville de cette cité de quelque 80.000 habitants.

L’arrivée massive de plus de 70.000 migrants en provenance du Maroc à la fin du mois de juillet a mis à l'épreuve la coexistence entre les différentes communautés de cette ville, qui se prépare à accueillir mardi le roi Felipe VI et la reine Letizia, quelques semaines avant les élections générales du 29 novembre.

Cette première visite d'un souverain espagnol depuis 2007, diplomatiquement sensible en raison des revendications du Maroc sur cette enclave située à un emplacement stratégique entre la Méditerranée et l'Atlantique, intervient au tout début d'une campagne électorale dont l'immigration devrait être un des thèmes principaux et une ligne de fracture entre le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez et ses opposants de droite et d'extrême droite.

Au moins une centaine de migrants sont morts lors des arrivées massives des 30 et 31 juillet, principalement en mer, selon les bilans des autorités et des organisations humanitaires.

- "Nous voulons qu'ils partent" -

La plupart des personnes entrées dans l'enclave l'ont quittée ou ont été renvoyées dans les heures qui ont suivi, mais plusieurs milliers sont restées dans ce petit territoire de 18 km2, pour beaucoup dans les rues ou dans les collines de la ville, principalement en périphérie, malgré l'ouverture de centres d'accueil par le gouvernement central pour évacuer les grands campements installés sur les plages.

Et plus de deux mois après, Ceuta cherche toujours à retrouver son équilibre.

Dans le centre historique, où flottent de nombreux drapeaux espagnols et où s'affiche souvent le slogan "Ceuta n'est pas à vendre, Ceuta se défend", difficile pourtant d'apercevoir ces migrants toujours présents, mais l’importante présence policière rappelle le caractère exceptionnel de la situation.

"Bien sûr que cela affecte un peu la coexistence. Et ce que nous voulons tous, musulmans, hindous, juifs et chrétiens, c’est qu’ils partent et nous laissent vivre, parce qu’ils ne peuvent pas rester ici. Ils sont entrés illégalement", estime Gema Miralles, une esthéticienne de 54 ans.

Historiquement, les habitants de Ceuta se sont toujours montrés fiers de la coexistence entre les différentes communautés de la ville, où environ 40 % de la population est musulmane, et où les principales fêtes de cette religion sont marquées par un jour férié.

Depuis la petite église située sur les hauteurs du quartier d’El Príncipe, très majoritairement musulman et l'un des plus défavorisés de la ville, un Christ est porté en procession dans les rues lors de la Semaine sainte catholique, comme dans n'importe quelle autre ville d'Espagne de l'autre côté de la Méditerranée.

Mais les tensions de cet été ont ébranlé ces principes de coexistence.

"Certaines personnes m’ont beaucoup déçu (...) en détruisant des abris de migrants ou en empêchant la Croix-Rouge de leur distribuer de la nourriture", explique Ahmed Enfed-Dal, président de l’association de quartier d’El Príncipe.

- "Une marée humaine" -

Depuis les hauteurs de cette zone aux maisons colorées et aux ruelles sinueuses, on distingue clairement la frontière marocaine, à seulement quelques minutes à pied, avec la mer en toile de fond.

C’est par là qu’ont afflué les milliers de migrants cet été.

"C’était une marée humaine", se souvient Ahmed Enfed-Dal, 48 ans, dont la voix se brise encore lorsqu’il évoque les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles ils sont arrivés.

Selon lui, ce quartier, où les habitants ont installé pendant plus d’un mois un centre d’accueil improvisé pour les femmes et les jeunes filles, est passé d’environ 12.000 à 20.000 habitants.

Dans ses rues errent encore des dizaines de migrants demeurés en dehors des centres ouverts par les autorités, qui disposent de plus de 7.000 places pour les adultes et de 2.700 pour les mineurs. Sur un mur, un graffiti proclame: "El Príncipe aussi, c’est l’Espagne".

Ahmed Enfed-Dal, Ceutien depuis plusieurs générations, aurait aimé voir le roi Felipe VI se rendre dans son quartier: "C’est notre roi. J’aurais aimé qu’il vienne ici, dans le quartier, et que nous nous sentions, nous aussi, comme faisant pleinement partie de Ceuta".

W.Axelsson--StDgbl