Des économistes jugent "peu détaillé" et "optimiste" le contre-budget de LFI
Les propositions de La France Insoumise pour "remettre de l'ordre dans les comptes publics" en cas de victoire à la présidentielle sont jugées "peu détaillées" et "optimistes" par des économistes, pour qui les recettes fiscales envisagées semblent notamment surestimées.
Le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui veut une rupture avec le système économique et financier actuel en se tournant vers une politique de la demande, a présenté mercredi son programme pour mettre en place un "cercle vertueux de la relance écologique et sociale".
Pour cela, LFI prévoirait pour l'an prochain des dépenses nouvelles de 82 milliards d'euros et des recettes supplémentaires estimées à 106 milliards d'euros.
Les recettes viendraient avant tout de taxes visant les plus riches et les grandes entreprises: rétablissement d'un Impôt sur la fortune (ISF) "renforcé", pour un rendement chiffré à 10 milliards d'euros, suppression de la "flat tax" (impôt forfaitaire sur les revenus du capital) pour 9 milliards, mise en place de la "taxe Zucman" pour les personnes ayant un patrimoine supérieur à 100 millions d'euros (pour 15 milliards d'euros escomptés).
Ou encore augmentation de 3 % à 15 % de la "taxe Gafam" (sur les géants du numérique), taxe sur les héritages (20 milliards d'euros), "rabotage" de plusieurs niches fiscales (pacte Dutreil sur les transmissions d'entreprises notamment).
- "Economie fermée" -
Les dépenses supplémentaires proviendraient, elles, de la suppression de la réforme des retraites, de la hausse du Smic à 1.700 euros nets, de mesures en faveur des jeunes (dont une "garantie d'autonomie" de 1.337 euros par mois), de l'augmentation du point d'indice des fonctionnaires ou encore des créations de postes d'enseignants et de personnels soignants.
Le député LFI Éric Coquerel, qui a présenté les détails du programme, a souligné que les recettes envisagées étaient "raisonnables" et "crédibles".
Mais des économistes interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques.
Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, ce plan "n'est pas assez détaillé", et "ne donne pas du tout d'idée du chemin qui va être fait" car "on n'est pas du tout dans un exercice de trajectoire budgétaire avec des hypothèses" macroéconomiques.
En outre, il "ne tient pas compte des effets induits sur l'inflation et l'activité" des mesures proposées, ajoute-t-elle. "C'est très optimiste de penser avoir autant de recettes fiscales et une activité économique qui rebondit", dit-elle.
Le programme de LFI "est une réorientation assez radicale de l'économie", avec "un choc fiscal assez gigantesque sur les plus riches et les grosses entreprises", analyse Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Mais ces mesures sont pensées pour lui "comme si la France était dans une économie fermée", alors qu'elle "est ancrée au sein de la zone euro, qui est une zone monétaire avec libre mobilité des capitaux".
- "Réactions brutales" -
"À partir du moment où on fait un choc fiscal de cette ampleur sur, en plus, ceux qui sont le plus mobiles, c'est-à-dire les grosses entreprises et les plus riches, vous avez des risques de mobilité fiscale importante", explique l'économiste de l'OFCE. Selon lui, de ce fait "les 100 milliards ne seraient pas du tout 100 milliards".
Même constat de l'économiste Alain Trannoy, directeur d'études à l'EHESS. "106 milliards de recettes, c'est sur le papier", estime-t-il, car "il y aurait une réponse des contribuables".
Pour Sylvain Bersinger, du cabinet Bersingéco, aussi, "ces niveaux de taxation ne sont pas très crédibles" car ils conduiraient "à des réactions brutales qui réduiraient fortement les gains budgétaires escomptés".
LFI propose par ailleurs toujours que la Banque centrale européenne (BCE) gèle ou annule la partie de la dette française qu'elle détient, une mesure qui avait fait polémique pendant l'été. "Il faudrait que nos partenaires européens soient convaincus, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", rappelle Mathieu Plane.
"On a une réforme quelque part implicite des institutions européennes, qui pose question", dit-il. "A partir du moment où vous avez une forme de rupture forte avec l'économie actuelle (...) on imagine bien qu'il peut y avoir une réaction des marchés".
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C.Nordlund--StDgbl