Malgré la crise et les critiques en France, Macron entame une tournée dans le Golfe
Très critiqué après un week-end de violences qui compromet la fin d'un quinquennat déjà chaotique, Emmanuel Macron a entamé lundi une tournée dans le Golfe destinée à sécuriser des volumes de pétrole et de diesel pour faire baisser les prix à la pompe.
Quelques heures après avoir tenté de reprendre la main sur le plan intérieur dans une adresse aux Français, le président a atterri au Koweït où il a été accueilli par l'émir Mechaal al-Ahmad Al-Sabah. Il se rendra ensuite aux Emirats arabes unis puis au Bahreïn et au Qatar d'ici mercredi, pour une tournée qui a aussi vocation à renforcer des "partenariats économiques et de défense" dans une région en pleine tourmente depuis l'offensive israélo-américaine contre l'Iran en février.
Dimanche soir, le chef de l'Etat a promis la fermeté contre les auteurs des violences lors de manifestations mais aussi la "transparence" sur le dispositif de maintien de l'ordre, critiqué tant par les oppositions que par les maires des villes impactées, de Paris à Marseille.
Avant de s'envoler pour le Moyen-Orient, il a aussi justifié son déplacement, qu'il a maintenu, par la nécessité de "sécuriser nos approvisionnements" alors que les manifestants ont notamment fait part "d'une inquiétude (...) sur le prix des carburants".
Cette tournée, "ça peut donner un sentiment de normalité (..) mais apparaître aussi comme déconnecté et laisser penser à une forme de vide du pouvoir", analyse le constitutionnaliste Benjamin Morel.
- "Engagements" -
La fin de quinquennat s'annonçait déjà compliquée avec l'inextricable équation du budget pour un gouvernement sans majorité gouvernementale à l'Assemblée depuis la dissolution de 2024.
Elle risque de s'envenimer avec cette crise sécuritaire qui vient s'ajouter au mouvement des lycéens, en cours depuis plusieurs semaines.
Emmanuel Macron entend néanmoins jouer son rôle jusqu'au "dernier quart d'heure" de son mandat en mai et continuer à agir sur la scène internationale.
Dans le Golfe, "l'objectif est d'avoir un certain nombre d'engagements" sur des volumes de "diesel et pétrole" à un moment de forte tension sur les marchés, a annoncé l'Elysée.
Le chef de l'Etat est accompagné de hauts responsables des deux plus grands groupes énergétiques français, TotalEnergies et Engie.
Les pays du G7, présidé cette année par la France, ont déjà convenu début octobre de prélever jusqu'à 100 millions de barils sur leurs stocks stratégiques pour faire baisser la pression.
Les prix de l'énergie sont lourdement affectés par le blocus du détroit d'Ormuz, par lequel transitait 20% du pétrole mondial avant la guerre en Iran.
S'y ajoutent les attaques des rebelles Houthis pro-iraniens du Yémen contre l'Arabie saoudite et les tensions autour du détroit de Bab el-Mandeb, autre voie maritime majeure reliant l'Europe à l'Asie.
- Stabilisation -
"Les pays arabes du Golfe sont très désireux d'approvisionner le monde, le marché français, mais il leur est difficile de prendre des engagements fermes tant que la région ne sera pas stabilisée", avertit Francis Perrin, expert en énergie à l'Institut français de relations internationales et stratégiques (IRIS), qui ne s'attend pas un impact du voyage sur les prix.
Emmanuel Macron discutera aussi avec ses interlocuteurs, dont le président émirati Mohamed ben Zayed Al-Nahyane et l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, des moyens de "sécuriser" les voies maritimes dans la région et de trouver des "voies alternatives et de contournement pour les hydrocarbures liquides".
Paris et Londres ont lancé une mission internationale pour contribuer à la réouverture du détroit d'Ormuz, notamment par des opérations de déminage, une fois un accord conclu entre Donald Trump et l'Iran.
Mais huit mois après le début des hostilités, la région est toujours entre guerre et paix. Et Donald Trump, qui en veut aux Européens de ne pas l'avoir soutenu face à l'Iran, se montre peu intéressé par l'initiative.
Le président français aura aussi des échanges sur la coopération en matière de défense, alors que les pays du Golfe ont été ciblés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.
La France avait déployé au printemps son porte-avions Charles de Gaulle, des avions Rafale, une frégate et des moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient pour défendre les intérêts français et les aider.
Emmanuel Macron a aussi décidé d'envoyer des soldats français pour protéger le port de Yanbu, important terminal pétrolier en Arabie saoudite, pays où il ne se rendra toutefois pas.
H.Engstrom--StDgbl