Maintien de l'ordre : Macron monte en première ligne
Un aveu d'échec net sur le 17 octobre et une ferme reprise en main : Emmanuel Macron a promis lundi à Marseille de maintenir le "calme" lors d'une nouvelle journée de manifestations "à risque" samedi, affichant son agacement face "l'état d'ébullition" du pays à six mois de la présidentielle.
Le déplacement dans la cité phocéenne n'a été annoncé qu'à la dernière minute et le chef de l'Etat s'est borné à aller à la mairie, pour constater les dégradations d'il y a neuf jours, et à la préfecture, pour apporter son soutien aux commerçants et aux forces de l'ordre.
Très critiqué par l'opposition et dans son camp après le 17 octobre, il a reconnu sans détours l'échec des autorités, bien plus clairement qu'auparavant.
Il a estimé que "les forces de police n'étaient pas dûment proportionnées", en écho à la critique émise alors par le maire divers gauche de Marseille Benoît Payan. Ce dernier lui a montré les stigmates de l'irruption de manifestants à l'hôtel de ville, comme un "A" cerclé anarchiste tagué sur un mur ou un buste de Marianne ébréché pour avoir été renversé.
- "Traumatisme" -
Par contraste, le président a jugé que "l'ordre a été tenu" et le droit à manifester "préservé" lors des rassemblements du week-end dernier, beaucoup plus calmes que ceux de la semaine précédente même si quelque 80 commerces ont "été impactés".
Mais d'autres rassemblements sont annoncés pour samedi 31 octobre et jeudi 5 novembre.
"On sait que samedi prochain est encore un samedi à risque", a dit Emmanuel Macron.
Afin de garantir "le calme", les tracés des manifestations demandés par les syndicats "se feront hors des centres-villes", comme ce fut le cas le week-end dernier à Paris et dans plusieurs métropoles, a-t-il dit.
Une manière de montrer que la ligne tenue depuis son allocution du 18 octobre, critiquée de toutes parts, avait fonctionné, et que l'état d'urgence, réclamé notamment à droite, n'était pas nécessaire, même s'il ne constitue pas "un interdit".
Le président a aussi manifesté son espoir d'accalmie, alors que la mobilisation partie d'un mouvement lycéen il y a plus d'un mois s'est étendue à la défense du pouvoir d'achat et des services publics.
"Ce n'est pas normal qu'à six mois d'une élection présidentielle, notre pays soit dans cet état d'ébullition", s'est-il agacé.
Disant comprendre leur "traumatisme", il leur a promis que l'ordre était "la première priorité" pour ramener la "confiance" dans les centres-villes et a assuré qu'ils seraient accompagnés pour rouvrir leur rideau de fer.
- Les réseaux sociaux décriés -
Il a ensuite remercié "du fond du coeur" les forces de l'ordre. "On continuera de tenir", leur a-t-il lancé, avant de regagner Paris.
Mais au-delà du calme, comment s'extraire de la crise?
Benoît Payan a dit avoir insisté pour trouver "une sortie politique" et obtenir des "réponses" à la mobilisation.
Devant la presse, Emmanuel Macron a admis "à coup sûr" un problème de tempo dans la réponse du gouvernement au mouvement des lycéens, qui ne connaîtront que ce lundi les propositions du gouvernement en réponse à leurs revendications. "Mais maintenant je regarde devant, donc on avance."
"Le président reprend la main", estimait plus tôt une ministre, qui y décèle une critique en creux de la gestion de la crise par le Premier ministre et son gouvernement.
Contraste saisissant, Sébastien Lecornu reste relativement en retrait lundi.
Le chef du gouvernement reçoit dans l'après-midi à Matignon les représentants des lycéens et des étudiants.
Mais il laissera à ses ministres le soin d'annoncer à la presse les "mesures très concrètes" promises par Emmanuel Macron, qui les avait lui-même reçus vendredi. Et la perspective d'une refonte de Parcoursup, l'outil d'orientation post-bac tant décrié, sera clairement ouverte, selon plusieurs sources.
"L'idée c'est quand même d'accélérer" dans la réponse aux revendications des jeunes, glisse pour sa part un proche d'Emmanuel Macron. "Dès le mouvement lycéen, le président a toujours dit qu'on ne fait pas rentrer les jeunes à coups de matraque", ajoute-t-il.
Le président a aussi désigné les réseaux sociaux, qui "abîment nos démocraties", parmi les coupables des débordements du 17 octobre.
Ils ont été utilisés "pour faire venir des jeunes ou des moins jeunes sur les lieux de délinquance, d'attaque, de pillage", a attaqué Emmanuel Macron, regrettant une "fascination pour la violence".
C.Gunnarsson--StDgbl