Stockholms Dagblad - "C'est super mais..." : parents et ados partagés sur l'interdiction des réseaux sociaux

Stockholm -
"C'est super mais..." : parents et ados partagés sur l'interdiction des réseaux sociaux
"C'est super mais..." : parents et ados partagés sur l'interdiction des réseaux sociaux / Photo: David GRAY - AFP/Archives

"C'est super mais..." : parents et ados partagés sur l'interdiction des réseaux sociaux

"C'est super mais...." : parents et adolescents sont partagés mardi entre satisfecit prudent pour les premiers et réserves teintées d'incompréhension pour les seconds face à la perspective d'une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans - une première en Europe.

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Pour Esther, élève en classe de Première à Paris, cette mesure, votée lundi à l'Assemblée nationale et qui doit désormais être examinée au Sénat avant une possible entrée en vigueur à la rentrée scolaire 2026, est "super" sur le papier.

"Mais", enchaîne-t-elle directement, "le problème c’est que quand ils auront 15 ans, ce sera une vague qui va les submerger. C’est l’âge où tu rentres au lycée et où il faut te focaliser sur autre chose que les réseaux, il vaudrait mieux les interdire aux moins de 14 ans pour s’initier avant l’entrée au lycée".

Il faudrait également selon elle faire un tri parmi les réseaux sociaux et bannir ceux "avec du scroll parce que c’est ça qui ruine le cerveau mais pas les autres car c’est essentiel pour la sociabilité".

Un avis partagé par Aya, 11 ans, en 6ème à Paris. "C'est bien et c’est pas bien à la fois... Il y en a, ça les rend fous les réseaux, ils arrivent plus à rien faire d’autre" et "il y a des choses dégueulasses sur TikTok, c’est pas approprié pour les enfants".

"Et en même temps c’est important si on a une urgence. Moi je parle sur WhatsApp avec mes parents, ils vont pas interdire WhatsApp quand même ?", s'inquiète-t-il.

Dans un lycée professionnel à Marseille, une lycéenne de 16 ans est catégorique: "J'ai supprimé TikTok parce que ça prenait trop mon temps, je n'arrivais pas à faire mes devoirs, j'avais tout le temps la tête ailleurs au lieu de faire mes devoirs. Franchement, moi, je trouve que c'est une très bonne idée."

Selon un sondage Odoxa réalisé en août 2025, 79% des parents se disaient favorables à l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans et 67% des jeunes trouvaient cette mesure justifiée.

Les jeunes interrogés reconnaissaient aussi les risques - 46% confiant s'être déjà sentis mal en se comparant aux autres sur les réseaux et 18% indiquant y avoir été harcelés ou insultés.

- "Je vais regarder le mur?" -

Au-delà de l'interdiction, sur laquelle certains émettent des doutes quant à la faisabilité technique, de nombreux parents insistent sur l'importance du volet prévention.

L'interdiction "est un début, mais ça ne suffira pas", déclare à l'AFP Emmanuelle Poudréas, dont le fils Clément, cyberharcelé sur WhatsApp, s'est suicidé en Bretagne en septembre 2024 à l'âge de 15 ans.

Il faut une "mobilisation de l'ensemble des services de l'État pour préparer nos jeunes à être des citoyens du numérique", martèle-t-elle. Et de s'interroger : "comment on peut interdire dans les lycées et dans les collèges les outils numériques, alors que les régions financent des outils numériques ? Et que les outils numériques sont mis à la disposition des élèves ?".

Mêmes prudence et interrogations dans les rangs de la Peep, Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public.

"On a l'impression qu'on a résolu un problème, non. On a pris conscience d'un problème, mais dire qu'on l'a réglé ce n'est pas le cas", souligne auprès de l'AFP son président Emmanuel Garot pour qui la solution passera par "l'éducation, la responsabilisation des parents, et celle des plateformes et de leurs satanés algorithmes".

L'interdiction "peut envoyer un message clair et provoquer une prise de conscience" mais "il ne faut pas se leurrer, les jeunes sont inventifs, ils vont trouver des solutions assez rapidement pour contourner l'interdiction, VPN ou des réseaux sociaux refuge qu'on connait mal", ajoute-t-il.

Yliès, collégien en classe de 4ème à Paris, a déjà prévu la parade. Actif sur Snapchat et TikTok, il ne décolère pas contre la perspective d'une interdiction.

"Moi je fais quoi? Je vais regarder le mur ?", s'emporte-t-il avant de prévenir : "je vais refaire un compte et je vais dire que je suis un 2004. S’ils demandent une carte d'identité, je vais prendre celle de mon frère ou d'un de ses potes".

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M.Viklund--StDgbl