Les opérations américano-israéliennes "cause première" du blocage d'Ormuz, selon Pékin
Pékin a désigné jeudi les Etats-Unis, Israël et leurs opérations contre l'Iran comme la "cause première" du blocage du détroit d'Ormuz, voyant dans un arrêt immédiat des hostilités le seul moyen de rétablir le trafic maritime.
Pékin réagissait à la première allocution à la nation du président américain Donald Trump depuis le début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.
M. Trump a promis que les Etats-Unis allaient continuer à frapper l'Iran "extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines". M. Trump a aussi incité les pays qui reçoivent du pétrole via le détroit d'Ormuz à en prendre le contrôle.
Le blocage du détroit par l'Iran a impacté l'économie globale et affecté la Chine. Plus de la moitié des importations de brut transporté par voie maritime vers la Chine provient du Moyen-Orient et transite majoritairement par le détroit, selon la société d'analyse Kpler.
Plusieurs compagnies aériennes chinoises, dont la compagnie nationale Air China, ont ainsi annoncé une prochaine hausse de leurs surcharges carburant sur les vols intérieurs, alors que la guerre fait grimper les prix du kérosène.
"La cause première des perturbations de la navigation dans le détroit d'Ormuz réside dans les opérations militaires illégales menées par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran", a déclaré lors d'un point presse régulier une porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Mao Ning, en réponse aux propos de M. Trump.
"Seuls un cessez-le-feu et l'arrêt des hostilités, synonymes de paix et de stabilité dans la région du Golfe, préserveront fondamentalement la sécurité et la fluidité du trafic maritime international", a-t-elle dit.
Elle a réitéré le mantra chinois selon lequel le cessez-le-feu devait être instauré "immédiatement".
La Chine et l'Iran sont des partenaires stratégiques et commerciaux. La Chine a vivement réprouvé les frappes américaines et israéliennes. Elle a aussi implicitement critiqué les frappes iraniennes contre les pays de la région et le blocage du détroit d'Ormuz.
Elle a cependant fait preuve de retenue depuis le début de la guerre et se garde d'un soutien massif à l'Iran qui pourrait nuire à ses autres intérêts régionaux, dont ses relations avec les pays du Golfe.
Pékin multiplie les contacts diplomatiques et s'est redite prête jeudi à jouer un "rôle constructif" pour la réouverture du détroit.
Plusieurs bateaux chinois ont franchi le détroit ces derniers jours grâce à ce que Pékin a appelé cette semaine un "effort de coordination avec les parties concernées", sans préciser lesquelles.
La deuxième économie mondiale, fortement tributaire des échanges internationaux, s'emploie à limiter les retombées de la crise.
Air China, ainsi que China Southern et sa filiale Xiamen Air ont indiqué dans des communiqués mercredi qu'elles augmenteraient à partir de dimanche les surcharges carburant sur les lignes domestiques de 60 yuans (7,55 euros) sur les vols allant jusqu'à 800 kilomètres et de 120 yuans (environ 15 euros) sur les vols plus longs. Les compagnies Spring Airlines et Juneyao Airlines ont également décidé des hausses.
De nombreuses compagnies aériennes internationales ont pris des mesures similaires.
La Chine avait annoncé fin mars que, dans le cadre de son mécanisme de fixation des prix, elle prenait des mesures temporaires pour limiter la hausse des tarifs des carburants afin "d'atténuer l'impact de (la) flambée exceptionnelle des prix internationaux".
Les experts conviennent communément que la Chine est moins vulnérable qu'un certain nombre de pays asiatiques aux retombées de la crise, mais préviennent qu'elle pourrait en subir plus durement le contrecoup si le conflit se prolongeait, en particulier à cause de ses effets sur le commerce international.
V.Ekstrom--StDgbl