Ouganda: le principal groupe de médias indépendant fermé par le chef de l'armée
Le principal groupe de médias indépendant d'Ouganda a déclaré dimanche être "assiégé par l'armée", après que le chef de cette dernière, Muhoozi Kainerugaba, a ordonné la fermeture de sa chaîne de télévision, de ses journaux et de ses stations de radio.
Le chef de l'armée, qui est aussi le fils du président Yoweri Museveni, 81 ans, a affirmé ces derniers mois son emprise croissante sur le pays, en ordonnant l'arrestation de responsables politiques et de militants, et désormais la fermeture de médias.
Son père, président depuis 1986, a été réélu pour un septième mandat en janvier, mais beaucoup considèrent que Muhoozi Kainerugaba se positionne pour lui succéder.
"NTV et Monitor sont fermés à partir d'aujourd'hui !" a-t-il écrit sur X dans la nuit de samedi à dimanche, en référence à la chaîne NTV Uganda et au journal Daily Monitor, tous deux appartenant au groupe Nation Media Group.
"En Ouganda, je ne crois PAS à la liberté de la presse ! La presse devrait être guidée par des cadres de la révolution", a déclaré Muhoozi Kainerugaba.
"Ni NTV ni Monitor ne rouvriront sans ma permission... Désormais, TOUS les médias en Ouganda devront respecter les règles !", a-t-il ajouté.
Et il a précisé que son "plan" de fermeture avait été "approuvé" par son père.
Dans leurs propres messages sur X, ces deux médias ont indiqué qu'ils étaient "assiégés par l'armée", des soldats montant la garde devant leurs bureaux dans la capitale, Kampala.
"NTV Uganda et Spark TV contraints d'arrêter leur diffusion alors que le Daily Monitor est fermé sur ordre du général Muhoozi", a aussi posté sur X le journal.
Les chaînes ont cessé d'émettre aux premières heures de dimanche. "Vidéo indisponible", pouvait-on lire sur leurs canaux de diffusion habituels, selon des médias locaux.
Et d'autres médias du groupe, notamment Dembe FM, KFM et The East African, ont également été touchés.
"Nous avons été fermés par l'armée, tant au niveau des studios que des bureaux de NTV", a déclaré à l'AFP un journaliste chevronné de la chaîne, sous couvert d'anonymat.
"Personne n'est autorisé à entrer ou à sortir. Ceux qui travaillaient la nuit dernière ont reçu l'ordre de partir de la part de l'armée", a-t-il ajouté.
Lancé en 1992, le Daily Monitor est devenu l'un des journaux indépendants les plus influents d'Ouganda, et a souvent été perçu comme une source d'irritation par le gouvernement de Yoweri Museveni.
Le journal avait notamment été suspendu pendant 13 jours en 2013, après avoir fait état d'un complot présumé visant à préparer Muhoozi Kainerugaba à succéder à son père.
Le programme Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a condamné les fermetures de dimanche, qualifiant d'"escalade profondément inquiétante, l'utilisation des forces de sécurité de l'État pour mettre à exécution des menaces publiquement annoncées contre des médias indépendants".
L'Ouganda occupe la 143e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse, établi par l'ONG Reporters sans frontières (RSF).
A.Lundgren--StDgbl