La Russie visée par plus d'un millier de drones ukrainiens au dernier jour des législatives
La Russie a fait face dimanche à l'attaque de plus d'un millier de drones ukrainiens et à des piratages informatiques massifs visant à perturber le déroulement du dernier jour des élections législatives, qui devraient sans surprise voir la victoire du parti de Vladimir Poutine.
Ces législatives, les premières depuis le début de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, visent à renouveler les 450 sièges de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, et se déroulent aussi dans les territoires d'Ukraine occupés et annexés par la Russie.
Rappelant la réalité d'un conflit marqué ces derniers mois par une intensification des frappes des deux côtés du front, la troisième et dernière journée de vote a été précédée tôt dimanche matin par une attaque ukrainienne qui a impliqué plus d'un millier de drones, touchant une raffinerie et des zones résidentielles, provoquant des incendies.
A Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine, qui a dénoncé une attaque "sans précédent" et "manifestement planifiée dans le but de perturber les élections". "L'ennemi n'y est pas parvenu", a-t-il ajouté, évoquant plus de 1.600 drones abattus par la défense anti-aérienne russe, dont "450 se dirigeaient vers Moscou".
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a assuré que les frappes de Kiev "ont eu un impact très important dans la région de Moscou", affirmant qu'une dizaine d'armements différents ont été utilisés.
- Attaques informatiques -
La Commission électorale a elle annoncé avoir observé "plus d'un millier" de vagues d'attaques DDoS destinées à saturer de requêtes le système de vote électronique, ainsi que des attaques contre "l'infrastructure de télécommunications de la Russie dans son ensemble".
Les attaques DDoS ("attaque par déni de service distribué") visent à saturer un système avec des vagues de requêtes incessantes.
"Les attaques ont été menées par des groupes hautement professionnels et bien coordonnés, utilisant des outils d'intelligence artificielle", a déclaré sa présidente, Ella Pamfilova, évoquant des tentatives présentant "des signes d'une ingérence ukrainienne".
Mme Pamfilova avait déjà fait état d'une "puissante cyberattaque" qui s'est déroulée durant toute la journée de samedi sans faire tomber les systèmes.
L'issue du scrutin fait peu de doute dans un pays où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée par les autorités et alors que le seul parti frontalement opposé à la guerre, Iabloko, a été écarté.
Les analystes scruteront malgré tout le taux de participation et les résultats des partis alternatifs pour sonder l'état d'esprit des Russes, confrontés à des sanctions économiques occidentales, des frappes ukrainiennes régulières, des pénuries d'essence et des limitations dans le fonctionnement de l'internet dans plusieurs régions.
Devant un théâtre moscovite transformé en bureau de vote, Tatiana, retraitée de 71 ans qui ne donne pas son nom, a affirmé samedi avoir voté pour Russie unie, le parti de Vladimir Poutine. "C'est le plus grand parti, le plus travailleur et qui a le plus de résultats", estime-t-elle.
- "Pour la paix" -
Face à Russie unie, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine - les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes - ont été autorisées à concourir.
A Berlin, qui accueille l'une des plus grandes diasporas de citoyens russes ayant fui leur pays, quelques dizaines de partisans de l'opposition en exil ont protesté aux cris de "La Russie sera libre!" et "Non à la guerre!", a constaté un journaliste de l'AFP.
"Nous voulons dire aux Russes que nous sommes à leurs côtés, que nous sommes opposés à la guerre et que ceux qui la rejettent sont nombreux", dit à l'AFP Andreï Pivovarov, opposant qui a connu les geôles russes avant d'être libéré dans le cadre d'un vaste échange de prisonniers entre Moscou et les Occidentaux en août 2024.
L'Union européenne a de son côté dénoncé des élections se déroulant dans un climat de "répression systématique et institutionnalisée".
Le seul parti frontalement opposé à la guerre en Ukraine, Iabloko, avait d'abord été autorisé à concourir avant d'être finalement exclu du scrutin. Son président Nikolaï Rybakov a voté dimanche à Saint-Pétersbourg en écrivant en grosses lettres "Pour la paix" sur son bulletin.
Le vote, qui a commencé vendredi matin, va durer jusqu'à 18H00 GMT dimanche et les premiers résultats sont attendus dans la foulée. La participation dépassait les 50% à la mi-journée dimanche, selon la Commission électorale.
X.Lundberg--StDgbl