Allemagne: le chancelier Merz maintient le cap, même fragilisé par les succès électoraux des extrêmes
Sous pression après des défaites électorales dimanche face à l'extrême droite et la gauche radicale, l'impopulaire chancelier Friedrich Merz s'est engagé à maintenir le cap de ses réformes, fermant la porte à un départ prématuré, après des jours de spéculations à ce sujet.
L'extrême droite AfD a remporté le scrutin régional en Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est) devant les sociaux-démocrates, tandis que dans la capitale Berlin, la CDU conservatrice du chancelier est devancée par la gauche radicale Die Linke, selon des estimations de l'audiovisuel public allemand.
Reconnaissant en particulier un "désastre" pour son parti (environ 5%) au Mecklembourg, M. Merz a pris la parole dès dimanche soir, chose exceptionnelle s'agissant de scrutins régionaux, pour souligner sa volonté de poursuivre sa mission malgré une impopularité record et ces revers.
- Prendre ses responsabilités -
"Je prends cette responsabilité parce que je veux faire avancer notre pays", a-t-il dit, admettant que la "confiance dans les institutions de notre pays diminue" et estimant qu'elle était "activement sapée par des partis radicaux de gauche comme de droite".
Il a promis de continuer d'agir en tant "que président de la CDU et, avant tout, en tant que chancelier".
Le co-chef des sociaux-démocrates allemands et ministre des Finances, Lars Klingbeil, allié au niveau fédéral avec les conservateurs de M. Merz, a reconnu que les élections de dimanche démontraient que le gouvernement n'était pas parvenu à convaincre du bien-fondé des réformes prévues, notamment des retraites, alors que le pays connaît stagnation économique et crise du pouvoir d'achat.
"Je trouve que nous devons regarder ces résultats avec humilité et nous interroger sur ce que nous pouvons faire autrement et mieux", a-t-il dit.
Les seize mois de M. Merz à la chancellerie ont été marqués par la lenteur de la prise de décisions, notamment du fait de disputes à répétition entre conservateurs et sociaux-dmocrates, donnant l'impression qu'il ne contrôlait pas sa fragile majorité.
Le chancelier, dont l'impopularité est historiquement haute, était déjà fragilisé par le coup de tonnerre du 6 septembre, lorsque le parti antimigrants et prorusse Alternative pour l'Allemagne (AfD) a infligé une lourde défaite à la CDU.
Dimanche au Mecklembourg, l'AfD a récidivé avec environ 38%, deux points devant les sociaux-démocrates. Sauf surprise, ces derniers devraient néanmoins conserver le contrôle de l'exécutif régional en s'alliant avec d'autres partis de gauche.
A Berlin, la liste conduite par la candidate de Die Linke, Elif Eralp, arrive en tête (25% environ) devançant la CDU du chancelier (20%), et pourra lui ravir la mairie si elle s'entend, là aussi, avec d'autres partis de gauche.
"Dans notre ville, la liberté et la justice ont triomphé de la haine", a-t-elle déclaré, en référence à l'extrême droite.
L'AfD signe cependant un très bon score dans la capitale, réputée ouverte et tolérante, avec environ 15%, selon les estimations des chaînes allemandes, un bond par rapport aux 9% enregistrés en 2023.
Différentes figures du parti ont d'ailleurs tour à tour salué un "résultat sensationnel" au Mecklembourg et un "bon résultat" à Berlin.
- Pare-feu -
"Nous sommes la principale force politique" d'Allemagne, a proclamé la codirigeante de l'AfD, Alice Weidel qui a appelé à mettre "fin à la bêtise du pare-feu", c'est-à-dire le consensus au sein de la classe politique de ne pas s'allier avec l'AfD.
Au Mecklembourg, Thomas Pfetzner, un membre de l'AfD, jubile et espère que le score record de son parti ouvrira la voie à des responsabilités politiques.
"Il faut coopérer avec une force démocratique qui a près de 40% des suffrages", dit-il à l'AFP.
M. Merz avait promis de relancer l'économie nationale en stagnation, de réarmer le pays pour dissuader une Russie hostile et de contenir l'immigration irrégulière pour regagner les électeurs passés à l'AfD, devenue deuxième force politique du pays lors des législatives de 2025.
Mais la lenteur des réformes et une série de couacs ont nourri une percée de l'AfD. Le parti devance désormais la CDU dans les sondages nationaux.
Jusqu'ici, aucune formation n'a jamais voulu s'allier avec l'extrême droite, mais ses succès pourraient relancer le débat, notamment au sein du parti conservateur du chancelier.
Y.Bergstrom--StDgbl