Venezuela : Machado demande la levée de son inéligibilité après les révélations d'une magistrate
Le parti de la cheffe de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado a demandé jeudi la levée "immédiate" de son inéligibilité après les déclarations d'une ancienne magistrate affirmant avoir été forcée à signer un document privant la Nobel de la paix 2025 d'élections.
Barbara Cesar Siero, magistrate du Tribunal Suprême de Justice (TSJ) de décembre 2014 à février 2024, a assuré à l'AFP que deux de ses frères et sa belle-sœur militaires avaient été arrêtés en décembre 2023 pour l'obliger à signer un document permettant de déclarer Mme Machado inéligible.
Vainqueure de la primaire de l'opposition en 2023, Mme Machado, prix Nobel de la paix 2025, n'avait pu se présenter à la présidentielle de juillet 2024. Elle avait désigné Edmundo Gonzalez Urrutia pour la remplacer.
Nicolas Maduro avait été proclamé vainqueur du scrutin entaché de fraude, selon l'opposition, et dont les résultats n'ont pas été reconnus par une grande partie de la communauté internationale. M. Maduro a été capturé par l'armée américaine en janvier 2026 lors d'une opération justifiée en partie par cette élection contestée.
"L'inéligibilité de Maria Corina Machado, illégale dès son origine (...), n'a été obtenue qu'en utilisant des proches" d'une magistrate "comme otages (...). Cette inéligibilité doit être levée IMMÉDIATEMENT", a écrit le parti Vente dans un communiqué.
Le témoignage de Barbara Cesar Siero "révèle jusqu'où l'appareil criminel du chavisme (pouvoir vénézuélien depuis la présidence de Hugo Chavez en 1999 ndlr) a été capable d'aller pour persécuter politiquement", a dénoncé le parti.
"Arrêter et châtier des membres de la famille afin de briser la volonté d'une personne. En l'occurrence, contraindre une magistrate de la Cour suprême de justice à signer des décisions illégales", a ajouté Vente, qui demande "une enquête urgente".
- Procédure "violée" -
"Tout a commencé le 15 décembre 2023", a détaillé Mme Cesar Siero jeudi à l'AFP, date limite pour "déposer les recours" sur les inéligibilités devant la chambre politico-administrative du TSJ, dont elle était magistrate vice-présidente.
"Ce jour-là, la dernière personne à introduire un recours a été Maria Corina Machado. Parallèlement, on procédait à l'arrestation, ce même après-midi, de mes deux frères et de ma belle-sœur" Guillermo Enrique Cesar Siero, Guillermo Henry Cesar Siero et Diana Desirée Victora Justo.
"La semaine suivante, (...) on m'a apporté neuf arrêts à signer. Il n'y a pas eu d'audience, nous n'avons pas entendu les parties, et même la procédure avait déjà été violée" se souvient la magistrate, qui a été forcée à démissionner en février 2024.
"Je me disais : peut-être que je signe et ils me les rendent (ses proches ndlr)", mais "j'ai fini par signer et ils les ont gardés" en détention, avoue-t-elle.
"À cette époque, tous ceux qui parlaient, ils les mettaient en prison (...). Et ce que je pouvais faire pouvait avoir des conséquences pour eux", explique-t-elle. Elle dit parler aujourd'hui en raison de l'ouverture générée par la capture de Maduro.
Ses proches ont été accusés d'avoir voulu tuer M. Maduro et le gouverneur du Tachira dans une affaire "inventée".
- Pouvoirs "illégitimes" -
Un des frères de Barbara Cesar Siero est toujours en détention. Son autre frère et sa belle-sœur sont aujourd'hui libres sous contrôle judiciaire.
Elle estime qu'il n'y a pas d'"indépendance" de la justice dans son pays, assurant que la proclamation de la victoire de M. Maduro en 2024 a été un "show (...) vraiment pas conforme au droit".
"À partir de là, tous les pouvoirs sont devenus illégitimes, totalement", déclare-t-elle, estimant que la réforme judiciaire promise par la présidente par intérim Delcy Rodriguez est vaine.
"Ce qu'il faut faire, c'est appliquer les lois telles qu'elles sont faites, sans ingérence. Laisser les juges être des juges, le gouverneur être gouverneur, le maire être maire (...) être indépendant", conclut-elle.
O.Lindberg--StDgbl