Dans les rues de New Delhi, une foule d'Indiens pour "défendre la voix du peuple"
"Voleur de vote, quitte ton siège !" Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé lundi dans la capitale indienne New Delhi pour exiger la démission du chef de la commission électorale Gyanesh Kumar, accusé d'être à la botte du gouvernement.
"Nous sommes les lions courageux de Rahul Gandhi, et un lion ne bat pas en retraite", lance au milieu de la foule Inzimam, qui n'a pas souhaité donner son nom. Nous ne cèderons pas tant qu'il sera là."
Au lendemain d'un weekend d'arrestations massives dans la capitale, le chef de l'opposition parlementaire et élu du parti du Congrès Rahul Gandhi a appelé ses partisans à marcher sur la Cour suprême.
D'abord à pied puis sur le toit d'un bus, il est entouré d'une foule qui vocifère contre la révision électorale dite "spéciale" engagée par M. Kumar et celui qu'ils accusent d'en avoir outrageusement profité, le Premier ministre Narendra Modi.
Les drapeaux aux trois couleurs nationales vert, blanc et orange s'agitent, les slogans fusent, les pancartes s'affichent au bout des bras. L'une affiche les portraits des "trois traîtres d'Inde" : MM. Kumar et Modi, et son puissant ministre de l'Intérieur Amit Shah.
Depuis des semaines, l'opposition et le mouvement des "cafards", devenu depuis sa création en ligne en mai le porte-parole des colères de la jeunesse du pays, dénoncent une révision des listes électorales qui a permis de radier 130 millions d'inscrits.
Lancée pour supprimer les doublons, décédés ou fraudeurs, elle est soupçonnée de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand profit du parti de M. Modi, semant ainsi le doute sur ses récentes victoires dans des élections locales.
La commission et son président ont nié toute irrégularité dans l'opération.
- "Le devoir d'élever la voix" -
Au-delà de cette seule réforme, c'est toute la politique du gouvernement ultranationaliste hindou de M. Modi qui est en cause, accusé de dérive autoritaire depuis son arrivée à la tête de l'Inde en 2014.
"Ils ont pris le contrôle des quatre piliers de la démocratie dans ce pays", éructe Sonal, une femme qui a requis l'anonymat par peur des représailles, citant l'exécutif, le Parlement, la justice et les médias.
"Ils ont pris le contrôle de tout", insiste-t-elle, "alors nous sommes descendus dans la rue pour défendre nos droits, nos voix, la voix du peuple".
Sur la route qui mène au siège de la plus haute juridiction du pays, la foule s'est épaissie.
A son passage dans les rues, les curieux se massent aux fenêtres des bureaux ou des immeubles pour la voir passer. D'autres grimpent sur les arbres pour mieux en apprécier le volume.
"C'est plus grand que tout", s'enthousiasme Anjali, 21 ans. "C'est un combat pour sauver ce pays, alors il est du devoir de chaque citoyen d'élever la voix et de protester jusqu'à ce que Gyanesh s'en aille".
Le long du parcours, la présence policière est impressionnante. Mais contrairement aux deux derniers jours où elle enfournait dans des bus tout ce qui pouvait ressembler à un contestataire, elle reste cette fois l'arme au pied. Impassible.
Constitution à la main, Rahul Gandhi s'approche enfin de la barricade qui bloque l'accès à la Cour suprême. Il n'ira pas plus loin, mais ses avocats y ont déposé sa requête en annulation de la révision électorale.
bur-pa/eba
V.Ekstrom--StDgbl