Brésil : ultimes démonstrations de force dans la rue pour Lula et Bolsonaro
Une marée rouge a déferlé samedi le long de la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro, en soutien au président brésilien Lula, et le conservateur Flavio Bolsonaro a aussi mobilisé en masse à la veille d'un second tour à suspense.
Les deux camps ont réuni des dizaines de milliers de personnes pour d'ultimes démonstrations de force, au terme d'une campagne virulente qui a montré combien le géant latino-américain demeure divisé.
Le scrutin déterminera si le Brésil reste l'un des rares pays d'Amérique latine encore gouvernés par la gauche, ou s'il rejoint la vague de droite qui gagne la région, encouragée par le président américain Donald Trump.
Flavio Bolsonaro, le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), a créé la surprise au premier tour en recueillant 47 % des voix, contre 45 % pour Luiz Inacio Lula da Silva, qui vise un quatrième mandat non consécutif.
Deux sondages publiés samedi soir par les instituts Datafolha et Quaest donnent au fils Bolsonaro 51 % d'intentions de vote, contre 49 % pour le président sortant. L'écart se situe dans la marge d'erreur.
Un précédent sondage Datafolha, jeudi, les donnait à égalité à 50 %.
- Pour la "démocratie" -
Juché à l'arrière d'un camion, Lula a parcouru samedi l'avenue longeant la plage de Copacabana au milieu de milliers de sympathisants vêtus du rouge de son Parti des travailleurs, chantant et agitant d'immenses drapeaux.
A quelques jours de son 81e anniversaire, il a sautillé au rythme de la musique, serrant des mains dans la foule.
"Le peuple doit choisir : soit quelqu'un qui embrasse le drapeau national, soit quelqu'un qui embrasse le drapeau américain", a-t-il lancé d'une voix plus éraillée que jamais.
Durant la campagne, il s'est posé en champion de la souveraineté nationale face aux pressions commerciales et diplomatiques de Donald Trump.
"On lutte contre le fascisme, en faveur de la démocratie", a déclaré à l'AFP Nicolas da Silva Alcantara Azevedo, un employé dans l'hôtellerie de 25 ans.
Dans l'après-midi, Lula s'est rendu à Sao Paulo pour un nouveau bain de foule sur la fameuse avenue Paulista.
La gauche s'est réveillée après la claque du premier tour, descendant dans la rue et misant sur les réseaux sociaux, où la droite a dominé les débats ces dernières années.
- "Lula dehors" -
A Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, autre Etat du Sud-Est, des milliers de partisans de Flavio Bolsonaro se sont rassemblés autour de leur champion. Des centaines de motards ont défilé aussi.
"Le parti aujourd'hui au pouvoir veut rendre les gens dépendants de l'État. Nous, nous valorisons la liberté", a expliqué Ebert Dorigo, un chef d'entreprise.
"Pour améliorer sa situation, il faut travailler", a-t-il insisté, reprenant une critique récurrente du camp Bolsonaro contre les programmes sociaux de son adversaire.
Autour de lui, de nombreux sympathisants arboraient le maillot jaune de la sélection brésilienne de foot, signe de ralliement de la droite.
Le sénateur Bolsonaro, 45 ans, s'est ensuite rendu à Barra da Tijuca, quartier huppé de Rio, où son père s'était rétabli après avoir été poignardé pendant sa campagne victorieuse de 2018.
Le candidat a dansé et prié avec la foule, entonnant un "Notre Père". "Je suis vraiment convaincu que demain, à cette heure-ci, le Brésil aura déjà un nouveau président", a-t-il dit.
Des pancartes "Lula dehors" côtoyaient des drapeaux américains et israéliens dans la foule.
Lors du dernier débat télévisé de la campagne, vendredi soir, les deux prétendants n'ont pas ménagé leurs attaques. Lula s'en est pris au manque d'expérience de son adversaire, tandis que Flavio Bolsonaro l'a présenté comme un candidat du passé.
Le fils Bolsonaro promet de suivre la voie tracée par son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat après sa défaite face à Lula en 2022 : fermeté contre la criminalité, politique pro-entreprises et partenariat avec les États-Unis.
Lula a accusé Washington de vouloir peser sur le scrutin. Mais c'est le géant américain de la tech Meta qui a été ces derniers jours la cible des attaques de la gauche.
Accusée d'"ingérence" dans la campagne et de favoriser la droite sur ses plateformes, la compagnie a démenti mais a reconnu des "problèmes techniques" pénalisant le candidat du camp progressiste.
U.Wikstrom--StDgbl