L’Ukraine n'a pas à intervenir dans les relations entre Moscou et le CIO, dit le ministre russe des Sports
L’Ukraine n’a pas à interférer dans la décision du Comité international olympique (CIO) d’autoriser le retour officiel de la Russie dans les compétitions après des années d’isolement, a déclaré à l’AFP le ministre russe des Sports, Mikhaïl Degtyarev.
Une délégation russe composée de 13 athlètes et de 10 entraîneurs défilera avec son drapeau national à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar fin octobre et l’hymne national russe sera joué en cas de victoire pendant les épreuves.
Cela fait en effet dix ans que l’hymne national russe n'est pas diffusé lors de Jeux olympiques seniors. Depuis la révélation d'un scandale de dopage d’État mis en œuvre, selon l’Agence mondiale antidopage, lors des Jeux d’hiver de Sotchi en 2014, puis l'offensive russe en Ukraine lancée en 2022, les sportifs russes ont concouru sous diverses appellations, la plus récente étant celle d'"athlètes individuels neutres".
Le 7 juillet, Moscou est revenu dans le giron olympique lorsque le CIO a assoupli les restrictions frappant les athlètes russes et ouvert la voie à leur participation aux épreuves de qualification pour les Jeux de Los Angeles 2028.
- L'Ukraine furieuse -
L'Ukraine, furieuse, a déposé un recours auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS) pour demander l’annulation de cette décision.
"La décision du CIO n'est pas quelque chose qui doit concerner l'Ukraine, puisqu'elle n'est impliquée dans aucun différend lié à cette affaire", a déclaré M. Degtyarev dans un entretien à l'AFP.
"Il ne peut donc y avoir qu'une seule issue : la requête doit être rejetée, car le demandeur n’a pas qualité à agir dans ce dossier", a ajouté le responsable de 45 ans.
La compétition au Sénégal sera la première où les symboles nationaux russes seront autorisés depuis les Jeux olympiques de la jeunesse 2020 à Lausanne. Le CIO a toutefois différé sa décision quant à la réintroduction du drapeau et de l’hymne pour les Jeux de Los Angeles.
L’Ukraine affirme que la décision du CIO viole les dispositions de la Charte olympique, qu’elle a été prise prématurément et qu’elle ne tient pas compte "des circonstances factuelles qui ont servi de base à la suspension" de l'interdiction.
L'homologue ukrainien de M. Degtyarev, Matviy Bidnyi, a déclaré à l’AFP que la Russie trompait le CIO sur ses affirmations selon lesquelles elle aurait cessé ses activités sportives sur les territoires ukrainiens annexés au cours de l’actuelle opération militaire spéciale.
Mais Mikhaïl Degtyarev a estimé que ce qui se passait entre le CIO et la Russie ne regardait personne d’autre.
– "Se concentrer sur le sport" –
"Les relations entre le CIO et la Russie relèvent du CIO et de la Russie, a-t-il insisté. Le CIO, la plupart des fédérations internationales et les organisateurs de tournois respectent la Charte olympique et s’efforcent de se concentrer sur le sport plutôt que de se laisser entraîner dans des débats et des polémiques politiques."
Le ministre a fustigé des sanctions visant spécifiquement la Russie alors que des acteurs impliqués dans d'autres guerres ont pu continuer à participer à des événements sportifs.
"La Russie n’a jamais demandé que qui que ce soit soit suspendu, et nous ne souhaiterions à personne de vivre l’expérience d’une interdiction, a-t-il indiqué. Dans le même temps, beaucoup de gens demandent pourquoi les athlètes russes ont été empêchés de concourir alors que, par exemple, les athlètes américains et israéliens ne l’ont pas été. Toutefois, nous n’avons jamais présenté la question sous cet angle nous-mêmes."
Il a affirmé que la guerre est chose courante mais que "le sport doit unir, non diviser" et que le CIO était "en train de rétablir ce principe."
Pugnace, il a prédit que les perdants seraient les pays tentant d’empêcher d’autres nations de participer à des compétitions. "Ceux qui choisissent d’organiser des boycotts et des provocations contre les athlètes russes ou tout autre athlète se retrouveront dans une minorité marginalisée et perdront la possibilité d’accueillir des compétitions internationales", a-t-il déclaré.
H.Samuelsson--StDgbl